Bertrand Demier : « La réforme de l’apprentissage doit répondre à un besoin des entreprises »

Bertrand Demier : « La réforme de l’apprentissage doit répondre à un besoin des entreprises »

11/03/2019

Bertrand Demier, vice-président de la CPME Nouvelle-Aquitaine et dirigeant de deux entreprises, revient sur la réforme de l’apprentissage contenue dans la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Il loue « les bonnes intentions » mais craint « un patinage sur sa mise en œuvre. »

L’apprentissage, prôné par les gouvernements successifs mais parfois délaissé par les élèves, a connu plusieurs campagnes de promotion pour se débarrasser de cette image de « voie de garage qui n’a pas lieu d’être » selon Bertrand Demier qui cible trois concepts liés à l’apprentissage. Le cadre économique en France d’abord, avec une question simple : est-ce que celui-ci est favorable à l’embauche ? « Il y a une amélioration mais il reste du pain sur la planche. » Deuxième facteur, l’orientation. La voie de garage évoquée précédemment est une image d’Epinal imaginaire : « On doit proposer plusieurs voies aux jeunes, dont l’apprentissage. Tout le monde emprunte la filière du BAC pour aller à la fac avec les embouteillages que l’on connaît. D’autres moyens existent pour trouver facilement un emploi tout en se faisant plaisir. » Le plaisir, notion primordiale pour le chef d’entreprise qui détaille le dernier point indispensable pour lui : « Le jeune doit travailler dans une branche qui lui plaît mais il faut aussi prévoir les besoins futurs. Des observatoires devraient étudier les phénomènes d’embauche. Former une personne dans une filière bouchée, c’est stupide ! »

Des efforts consentis par l’Etat pour attirer les jeunes vers l’apprentissage

Parmi les principales mesures de cette réforme à retenir, le salaire des apprentis augmenté de 30 euros nets par mois, une aide au permis de conduire et un report de l’âge maximum situé à 30 ans. Du côté des entreprises, selon Bertrand Demier, elle « donne de l’air même s’il reste des zones d’ombre. » Sa principale inquiétude ? « Le niveau de prise en charge des contrats qui n’est pas défini pour toutes les branches. » En clair, un CAP aura un coût différent d’un BTS mais personne ne sait encore lequel. Autre questionnement pour le vice-président de la CPME Nouvelle-Aquitaine, est-ce que le nombre d’apprentis va augmenter ? Le 21 février 2019, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a révélé une hausse « historique » de 7,7% du nombre d’apprentis en 2018, soit 437 000 en décembre 2018 contre 419 000 en 2017.

Bertrand Demier déplore aussi que « certaines régions n’aient pas joué le jeu et assumé leur rôle. Elles recevaient des fonds, 51% de la taxe d’apprentissage, mais cette somme n’était pas réinvestie pour les apprentis selon un rapport de la cour des comptes. » En revanche, dans d’autres zones, dont la Nouvelle-Aquitaine, les résultats sont probants et répondent « à un besoin des entreprises. » Un besoin qui sera alimenté par une bonne couverture des centres de formation des apprentis (CFA) mais aussi par « l’ouverture de sections apprentissage dans des écoles non-labellisées CFA grâce à cette réforme. Ces établissements auront 18 mois pour se conformer à un cahier des charges pour continuer d’exercer » détaille Bertrand Demier. Il reconnaît que les chefs d’entreprise « devraient plus se tourner vers l’apprentissage » pour transmettre un savoir et les valeurs d’un établissement qui bénéficiera d’exonération de charges. Lui-même veut recruter un apprenti dès l’an prochain.

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