Électrification : un cap stratégique, des conditions à réunir

Mardi 26 mai, l’Élysée a réuni près de 200 acteurs économiques au sein d’une « équipe de France de l’électrification ». Cette mobilisation au plus haut niveau de l’État, autour d’Emmanuel Macron, s’inscrit dans une logique proche des formats « Choose France ».

L’objectif : faire de l’électrification un levier de souveraineté, de compétitivité et de décarbonation. Retour sur les principales annonces et sur les positions portées par la CPME.

Un changement de doctrine assumé

L’électrification est désormais présentée comme un enjeu stratégique pour la France. Après avoir longtemps concentré ses efforts sur l’offre — nucléaire et énergies renouvelables —, l’exécutif fait aujourd’hui de la stimulation de la demande une priorité.

L’argument avancé est clair : l’électricité française reste moins chère que celle de nos voisins européens, avec un prix de 55 €/MWh, contre plus de 100 €/MWh en Allemagne et en Italie.

Sébastien Lecornu a qualifié la dépendance aux hydrocarbures de « laisse », affirmant que « l’électricité, c’est notre liberté ». Le Gouvernement a également confirmé qu’il n’y aurait ni baisse générale des taxes sur les carburants, ni hausse d’impôts dans le prochain budget.

Les principales annonces

Plusieurs grands groupes ont annoncé des chantiers d’ampleur, notamment Stellantis à Mulhouse, Renault à Douai, Octopus pour les pompes à chaleur, ainsi que des engagements des énergéticiens sur le développement des bornes de recharge.

Trois mesures retiennent plus particulièrement notre attention :

  1. Recharge électrique
    L’objectif est de déployer 240 000 bornes supplémentaires d’ici 2030, afin d’atteindre 400 000 bornes publiques.
  2. Pompes à chaleur
    La France vise la production d’1 million de pompes à chaleur par an d’ici 2030, avec 41 000 emplois attendus dans la filière.
  3. Raccordements électriques
    Le passage d’une logique de « premier arrivé, premier servi » à une logique de « premier prêt, premier servi » doit permettre d’accélérer les projets réellement matures. Un fast track, ou voie expresse, est également prévu pour les raccordements stratégiques.

Pourquoi le sujet est central pour nos entreprises

La France importe encore 60 % de son énergie, pour un coût d’environ 60 milliards d’euros par an. Cette dépendance pèse directement sur les entreprises, en particulier à chaque crise géopolitique, lorsque les prix de l’énergie augmentent et fragilisent les marges.

Pourtant, le niveau d’électrification du pays est aujourd’hui à peine supérieur à celui d’il y a vingt ans. Le passage à l’électrique stagne, non par manque d’ambition, mais parce que cette transformation implique bien plus qu’un simple changement d’équipement.

Elle suppose :

  • de nouveaux financements ;
  • de nouveaux réseaux ;
  • de nouvelles compétences ;
  • de nouveaux usages professionnels.

Une voiture électrique ne se répare pas comme une voiture thermique. Un four électrique ne s’utilise pas comme un four à gaz. Pour les entreprises, l’électrification doit donc être accompagnée concrètement, secteur par secteur.

Notre position : trois conditions à réunir

1. Garantir la stabilité des soutiens

Les entreprises ont besoin de visibilité. Il est nécessaire d’en finir avec les politiques de stop-and-go, dont l’exemple de MaPrimeRénov’ est emblématique.

L’accès aux financements publics et privés doit également être facilité, en particulier pour les TPE-PME.

2. Assurer des prix compétitifs et accessibles

Les contrats de long terme doivent être rendus accessibles aux plus petites entreprises, et ne pas bénéficier uniquement aux grands groupes.

Pour les PME, le prix de l’électricité est un facteur déterminant de compétitivité.

3. Accélérer les raccordements

Le raccordement peut représenter jusqu’à 10 % du coût d’un projet, notamment en raison des délais.

Sur un chantier parisien récent, une demande de raccordement a pris 9 mois. La réforme du « premier prêt, premier servi » va dans le bon sens, à condition qu’elle bénéficie autant aux PME qu’aux grands industriels.

Une promesse à concrétiser pour les entreprises

L’électrification constitue une promesse intéressante pour nos entreprises. Mais elle ne deviendra une réalité que si trois conditions sont réunies : stabilité, prix compétitifs et raccordements rapides.

C’est ce message que la CPME portera collectivement dans les prochaines semaines.

Prochain rendez-vous : la Grande Assemblée des Entrepreneurs

Pour poursuivre la discussion, rendez-vous le 25 juin au Parc des Princes, à l’occasion de la Grande Assemblée des Entrepreneurs, pour une séquence dédiée à l’électrification.

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CPME Gironde