« On travaille bien avec les gens qui nous ressemblent »

Philippe Teissier, agent général Generali, a rejoint les rangs de la CPME Gironde en mars dernier. Entrepreneur dans l’âme, il croit en l’engagement et a souvent mis en pratique les conseils de Goethe : « tout ce que tu peux faire, ou rêver, tu peux l’entreprendre. L’audace renferme en soi génie, pouvoir et magie ! » Portrait de cet assureur épicurien, qui aime les bonnes tables, la cornemuse et la voile en équipage.

Vous avez rejoint la CPME Gironde depuis un an. Pourquoi ce nouvel engagement ?

PhilippeTeissier : Je crois en la force du réseau et j’ai cette envie de faire bouger les lignes. Seul, nous manquons parfois de repères, nous perdons parfois patience… Ensemble, nous sommes bien évidemment plus forts. J’aime à dire que « tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, et l’inefficacité prévaut toujours. » Dès le moment où on s’engage pleinement, la providence se met également en marche.  Auprès de la CPME Gironde, j’ai rencontré des équipes solides et solidaires, prêtes à partager de leur temps et de leur expertise pour accompagner au mieux les adhérents. Qui plus est dans cette période des plus chaotiques…

Vous êtes agent général Generali depuis plus de 25 ans. Comment expliquez-vous cette pérennité ?

P.T : J’exerce avant tout un métier qui a du sens pour moi. J’ai malheureusement perdu mon père très tôt, et j’ai pu poursuivre mes études financées en partie grâce aux contrats d’assurances qu’il avait souscrits. Après un passage dans le monde bancaire, on m’a sollicité pour ouvrir une agence Generali à Bordeaux. Nous sommes en 1995, j’avais 29 ans, et des rêves plein la tête. Très vite, je me suis associé pour réaliser des économies d’échelle. Puis, j’ai repris une agence à Bazas. J’ai également développé certains contrats de niche comme la plaisance ou les véhicules de collection. Bref j’ai fait ma pelote, comme on dit !

Aujourd’hui, j’emploie 4 salariés, pour un portefeuille d’environ 6 000 contrats. Essentiellement, des professions libérales, des indépendants et des PME de moins de 50 salariés. Je crois sincèrement que l’on ne travaille bien qu’avec des gens qui nous ressemblent, qui partagent les mêmes codes et le même langage. J’aime les relations de confiance, qui s’inscrivent dans la durée.

Quel regard portez-vous sur votre métier et son inéluctable transformation ?

P.T : Depuis le début de la crise, on observe un gros mercato avec une vague de résiliations due au Covid. A la prise de conscience s’ajoute une crise de confiance. C’est un secteur en pleine transformation, qui connaît une vraie révolution copernicienne, avec notamment l’émergence de l’intelligence artificielle et des outils prédictifs. Pour autant, je ne crois pas en un système binaire, fondé uniquement sur des lignes de codes informatiques.

Un assureur n’est pas un robot : il se doit d’être aux côtés de ses clients et de son territoire. La relation humaine compte tout autant que l’expertise. Le monde d’après doit se construire sur les fondements de cette relation ; la maîtrise de nouvelles interfaces vient simplement enrichir les échanges. C’est un juste équilibre à trouver entre l’humain et le digital.

Le monde des assurances n’est pas ressorti grandi de cette crise…

P.T : Il est vrai que les compagnies d’assurances ne sont pas sorties grandies de cette période. On a tous en tête le bras de fer qui s’est engagé entre les restaurateurs, les assureurs et le gouvernement, pour que les pertes d’exploitation soient indemnisées selon le principe des catastrophes naturelles. En réponse aux besoins de ses adhérents, Generali a signé un partenariat avec l’UMIH, pour créer une assurance professionnelle multirisques adaptée au contexte Covid. Pour ma part, j’assure de nombreux restaurateurs ainsi que plusieurs professionnels du spectacle sur Bordeaux.

Je ne peux que partager leur désarroi, je suis moi-même un des « Socios » du restaurant Gaùta *, qui a ouvert ses portes à l’automne dernier… Autant dire que la crise sanitaire, j’en connais les conséquences. Vous savez, in fine, le seul qui va payer l’addition du « quoi qu’il en coûte », c’est le petit entrepreneur.

Assureur engagé, restaurateur épicurien… mais encore ?

P.T : Je fais beaucoup de voile en tant qu’équipier avec un ami fidèle, du Médoc en Irlande en passant par le Portugal. A mes heures perdues, je fais également partie d’un groupe de musiciens de cornemuse :  le Bordeaux Pipe Band . Cela fait plus de 6 ans que j’ai rejoint le « band », et – dans le monde d’avant – nous nous déplacions beaucoup pour animer des soirées, des réceptions, ou des commémorations militaires… La cornemuse raconte la culture des Highlanders et l’histoire de l’Ecosse, entre guerres et religion. C’est une musique empreinte d’authenticité, qui me transporte, qui vibre, qui vit !

* Gaùta (la joue en gascon) fonctionne comme une societad espagnole, avec une salle ouverte tous les midis, et un espace privé, réservé à ses membres fondateurs. 40 rue Traversanne, 33000 Bordeaux