Une reprise à deux poids, deux mesures

Laurent Tournier, Président de l’UMIH 33, dresse un premier bilan mitigé des premières semaines post-confinement. Si les petits hôtels de charme et les restaurants avec terrasse retrouvent le sourire, d’autres secteurs font la grimace, comme les traiteurs ou les boîtes de nuit…
Laurent Tournier, président de l'UMIH 33

Un mois et demi après le déconfinement, comment se portent les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration ?
L.T : Fortement fragilisés par la crise des gilets jaunes en 2019, puis des grèves liées à la réforme des retraites l’hiver dernier, ces secteurs peinent à trouver un second souffle suite au covid-19. La météo clémente du début de l’année avait permis de consolider les chiffres d’affaires, avec une forte hausse des réservations, mais le confinement a tout balayé. Ces 3 mois d’arrêts ont mis à mal toute une économie, et le secteur risque de payer un lourd tribut. Les mesures d’accompagnement du gouvernement visent à sanctuariser l’emploi des salariés jusqu’à la fin de l’année, avec notamment le principe du report de charges. Malheureusement, cette solution n’est qu’une béquille, un pansement sur une jambe cassée.
Je pense qu’il y avait des équilibres à trouver, notamment avec les assureurs, les bailleurs, afin que le risque soit partagé. Je suis très soucieux pour les mois à venir, notamment pour l’année 2021, lorsque les PGE devront être remboursés…

Quels sont les secteurs les plus impactés ?
L.T : Coincés entre le « pouvoir ouvrir » et le « devoir ouvrir », nombre d’hôtels de luxe ont finalement décidé de rester fermés, faute de clientèle étrangère, notamment chinoise et américaine.
Même effet domino du côté des grosses unités, qui accusent une chute libre de leur chiffre d’affaires, avec seulement 10 % d’occupation. En panne aussi, le secteur « Traiteur », qui souffre des annulations ou des reports de salons et d’événements.
Mais les grands laissés pour compte, restent les discothèques, qui n’ont pas pu prétendre à un PGE. Premières à fermer, dernières à ouvrir ! C’est vraiment une double peine.
Dans ce contexte inédit, seuls les petits hôtels de charme tirent leur épingle du jeu, en accueillant la clientèle française, qui a choisi cette année des destinations plus locales pour les vacances.

Du côté de la restauration, on observe un certain frémissement…
L.T : La reprise demeure assez disparate. Aujourd’hui, un petit troquet sans terrasse sera déserté au profit d’un restaurant ombragé en plein air ou d’un établissement en bord de plage. En revanche, nous sommes assez inquiets pour les restaurants en centre-ville qui profitaient jusqu’à présent de la manne des croisiéristes, de l’oenotourisme où de la transhumance Nord/Sud. Signe des temps, de nombreuses chaînes de restauration sont également en grande difficulté, concurrencées par la livraison à domicile qui a grignoté leurs parts de marché.

Quelles sont vos craintes ?
L.T : Bon an mal an, je pense que nous allons sauver la saison juillet-août… La grande  inconnue, c’est la propagation du virus dans la Région. Jusqu’alors, nous avons été relativement épargnés, mais aujourd’hui, les chiffres annoncent une recrudescence de covid en Nouvelle-Aquitaine. On a pu observer un vrai relâchement dans les boutiques, les restaurants, avec le non-respect des gestes barrières, et la philosophie du « pas vu, pas pris ». Soyons raisonnables, et pensons à l’intérêt général et au bien commun…


Comment le métier de la restauration peut-il se réinventer ?

L.T : Nos métiers existent depuis plus de 200 ans ! Ils sont nés sous la Révolution Française, et incarnent cet esprit de liberté. Réinventer notre métier reviendrait à réinventer la convivialité et l’art de vivre à la française. Grave erreur ! Les gestes barrières imposent une certaine distanciation sociale, mais ne laissons pas cette distanciation gouverner toute notre vie.
La crise sanitaire a fait émerger de nouveaux comportements. Le Take Away et la livraison à domicile en ressort grandi, et érige les Deliveroo et Uber Eats en nouveaux « maîtres à manger ». Si demain, nous nous tournons tous vers une « Uber-Eatisation » de la société , qu’adviendra-t-il du secteur de la restauration en Gironde qui compte aujourd’hui 8.300 restaurants et représente 26.000 emplois ?

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